C’est en 2018, que Fury, surnommé Gypsy King (le roi des Gitans), a repris sa carrière après trois années de vide abyssal. Action Images via Reuters/Andrew Couldridge
C’est en 2018, que Fury, surnommé Gypsy King (le roi des Gitans), a repris sa carrière après trois années de vide abyssal. Action Images via Reuters/Andrew Couldridge

Boxe. Tyson Fury, un fou furieux entre quatre cordes

Vendredi, 30 Novembre, 2018

Roi mondial de la catégorie des lourds en 2015, ce Britannique, héritier d’une lignée de castagneurs à mains nues, a sombré dans la dépression après son sacre. À Los Angeles samedi, il veut relever le gant, titre mondial en jeu.

De bruit et de Fury… Ce pourrait être le sous-titre du combat qui opposera, samedi, à Los Angeles, l’Américain Deontay Wilder, champion WBC des lourds, au Britannique Tyson Fury. « Garanti » champion du monde des lourds en 2015 par trois fédérations (IBF, WBA et WBO) qui se partagent le gâteau de la boxe mondiale, Fury a repris sa carrière en 2018 après trois années de vide abyssal. Frappé de dépression, le double mètre – 2,06 mètres – à la barbe fournie a repris du poil de la bête à mesure que son menton se chargeait en poils. À ce compte-là, il est même redevenu ce « working class heroe » de Manchester à la verve poilante. En octobre dernier, faisant monter la mayonnaise de son prochain affrontement, il lâchait ainsi à son adversaire de samedi : « J’ai vu des tueurs dans ma vie, toi, je sais que tu n’en es pas un. » Du haut de ses 40 combats sans défaite (39 avant la limite), le natif de l’Alabama (33 ans) n’est pourtant pas un tendre. En novembre 2017, il avait défouraillé sur les ondes d’une radio américaine, façon gangsta rap : « Je veux qu’il y ait un mort à mon palmarès. J’en veux un vraiment. » Rien d’effrayant pourtant pour Tyson Fury, le Gypsy King – le roi des Gitans – issu d’une famille de gens du voyage irlandais dont la légende foutraque raconte qu’il est né prématuré le 12 août 1988, avec tout juste 500 grammes sur la balance. Pour lui donner un peu plus de poids, son père, John, l’appellera donc Tyson en hommage à Mike, roi rageur des lourds au tournant des années 1980 et 1990. Une manière d’ancrer un peu plus le noble art dans une famille dont la castagne est une marque de fabrique : Tyson Fury, fils de boxeur entraîné par son oncle, est aussi apparenté à Bartley Gorman, ex-champion du Royaume-Uni de combats clandestins à mains nues.

L’ex-nouveau-né rachitique va culminer à 177 kg

Nanti d’une telle filiation, Fury avait néanmoins abandonné sa réputation de petite frappe, le 28 octobre 2015, en ravissant la triple couronne mondiale des poids lourds à l’Ukrainien Wladimir Klitschko, invaincu depuis 2004. Le début de la fin pour l’Anglais, qui ne tient pas la distance face à la dépression. L’ex-nouveau-né rachitique va culminer à 177 kg. Le fruit d’un régime délirant. À l’automne 2016, il raconte au magazine Rolling Stone avoir passé les quatre derniers mois de son existence à « renifler, boire et s’engraisser comme un porc ». Ce régime cocaïné lui vaut un contrôle antidopage positif. L’Allemand Bernd Boente, le manager de l’Ukrainien Klitschko, qui attendait sa revanche, le taille alors dans le vif : « Fury est probablement le champion du monde des lourds le plus indigne de l’histoire. » Et pas seulement parce qu’il sent la poudre. Fury multiplie aussi les saillies homophobes et sexistes. Sans prendre de gants : « La position de la femme, c’est dans la cuisine et sur le dos », prêche cet adorateur de Jésus. Là-dessus, il manque de finir les bras en croix, submergé par ses pensées suicidaires. Et puis, alors qu’il veut jeter sa Ferrari jaune d’un pont, il entend une « petite voix » qui lui souffle « ne fais pas ça, Tyson, pense à ta famille, à tes fils et ta fille ». Après avoir achevé de purger sa suspension pour dopage fin 2017, il a donc repris le chemin des rings avec l’objectif de détrôner un autre Anglais, Anthony Joshua, actuel détenteur des quatre autres ceintures mondiales (IBF, WBA, WBO, IBO). Mais, finalement, peu importe l’adversaire pour Fury, qui jure : « Je pourrais me combattre moi-même pendant douze rounds que toutes les places seraient quand même vendues… »

Frédéric Sugnot
La boxe olympique en sursis ?

Réuni à Tokyo au Japon, le Comité international olympique (CIO) pourrait trancher, ce vendredi, sur l’avenir olympique de la boxe, sous la menace d’une exclusion des Jeux de 2020 organisés dans la capitale japonaise. Dans le collimateur du CIO se trouve l’Ouzbek Gafur Rakhimov, récemment élu à la tête de l’Association internationale de boxe amateur (Aiba). L’homme d’affaires de 67 ans est fiché comme « criminel majeur » par le Trésor américain, ce qui a conduit le CIO à geler ses relations avec les instances mondiales de la boxe amateure. Mais la crise de gouvernance au sein de l’Aiba est plus large : finances, éthique, intégrité sportive, lutte antidopage sont en cause. Aux JO 2016 de Rio, 36 officiels et arbitres de la boxe avaient été suspendus sur fond de rumeurs de combats truqués.

 
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