Hier, à Chartres. «	On en a ras le bol de se laisser marcher sur les pieds	», scandaient les manifestants. Q. Reix/L’Écho républicain
Hier, à Chartres. « On en a ras le bol de se laisser marcher sur les pieds », scandaient les manifestants. Q. Reix/L’Écho républicain

Chartres « Il serait temps que le gouvernement arrête de nous mépriser »

Mercredi, 5 Décembre, 2018

Mobilisés depuis le 30 novembre, les lycéens de la capitale beauceronne étaient massivement dans la rue hier. Visés : Parcoursup, la réforme du bac… et Emmanuel Macron, dans une région où les gilets jaunes sont très actifs.

Combien sont-ils ? 1 000, 1 500 ? En tout cas, hier midi sur le large boulevard Charles-Péguy, qui les ramène de la basse ville vers l’inspection académique et la préfecture où le cortège doit se rassembler, les lycéens de Chartres font masse. Les quatre lycées généraux ou polyvalents de l’agglomération sont présents, mais le mouvement est parti de Jehan-de-Beauce, le plus gros établissement de la ville, une cité scolaire de plus de 2 100 élèves. Le 30 novembre, les élèves de l’établissement ont répondu présent à l’appel de l’UNL (Union nationale lycéenne) en bloquant leur lycée. Deux autres établissements les ont suivis. Et tout le monde s’est donné rendez-vous ce mardi, où un quatrième, Silvia-Montfort, les a rejoints à son tour.

« On a l’impression d’être fliqués. C’est Parcoursup qui nous choisit »

Huit heures du matin devant Jehan-de-Beauce, il y a déjà foule. La préfecture ne veut pas de barricades devant les entrées et des policiers – certains munis de Flash-Ball – sont là pour faire respecter la consigne. Le blocage prévu n’est donc qu’à moitié effectif, mais le climat reste serein et rigolard. Monté sur un chariot de supermarché, un grand gars doté d’un mégaphone explique que les lycéens de Marceau doivent les rejoindre là, avant que tout le monde ne parte en cortège vers le centre-ville. Sur les grilles, une énorme banderole résume : « Macron démission ! Parcoursup : 5 000 élèves sans rien, lycéens en révolte ».

Ambre, Hélia et Marie sont toutes les trois en première et parlent un peu en même temps, l’une finissant souvent la phrase de l’autre : « Parcoursup, c’est la pression toute l’année, entre les notes, les absences, les retards, le comportement en classe… C’est déjà difficile, mais avec la réforme du bac, la fin des filières et les suppressions de postes de profs qui vont avec, ce sera encore pire ! » Milo, élève de seconde, dénonce l’absence de droit à l’erreur : « Si on fait une mauvaise seconde, même si on assure après en première et en terminale, ça reste dans le dossier et ça nous pénalise. Même en changeant de comportement, on est pris en défaut ! » Jules, l’homme au mégaphone, est descendu de son trône improvisé : « On a l’impression d’être fliqués. C’est Parcoursup qui nous choisit, les résultats sont trop aléatoires. Même avec un bon bac, on ne sait pas si on aura quelque chose. »

Comme tous ceux qui ont l’air d’organiser le mouvement, il porte… du jaune. Soit sous forme de gilet jaune noué en brassard autour du bras, soit sous forme de bonnet. Un choix de couleur qui ne doit rien au hasard : « Mon frère est monté manifester à Paris samedi dernier, explique-t-il. Évidemment, c’est un clin d’œil au mouvement des gilets jaunes, et à toutes les familles dans la galère et la précarité. On en a ras le bol de se laisser marcher sur les pieds ! » Victor, brassard jaune lui aussi, se rapproche : « On ne devrait pas avoir besoin de faire tout ça, les gilets jaunes, les blocages… C’est pour ça qu’on crie “Macron démission” : parce que tout ça, c’est à cause de lui ! »

Les élèves du lycée Marceau sont arrivés. Aux cris de « Macron démission », le cortège s’ébranle vers le centre-ville, où il est rejoint par ceux de Fulbert et de Montfort. Chloé porte un tee-shirt où on lit : « Parcoursup, c’est de la poudre de perlimpinpin ! » Elle est en terminale ES à Montfort : « L’an dernier, deux classes n’ont pas eu de professeurs de maths et de philosophie toute l’année. Avec les postes qu’ils veulent supprimer grâce à la réforme, ce sera pire ! Quant à Parcoursup, c’est un truc qui fait qu’on subit notre orientation sans augmenter nos chances de réussite. » Elle non plus n’est pas indifférente au mouvement des gilets jaunes : « Bien sûr qu’ils ont raison de manifester, il serait temps que le gouvernement réagisse et arrête de nous mépriser ! »

Et de s’exclamer « C’est la Révolution française ! »

Ils sont assez rares dans ce cas, mais Marvin porte justement un de ces fameux gilets. En troisième prépa-pro, il n’a pourtant pas participé au mouvement. Pas comme son copain Christopher : « Oui, samedi j’y étais, à Chartres, on a fait une opération “parkings gratuits”. Moi je dois commencer la conduite accompagnée, mais ma mère m’a dit que si je veux le faire, il faudra que je paie l’essence moi-même. Elle ne peut pas, elle est seule depuis le décès de mon père… » Pause.

« Moi, ça me touche, quand je vois tous les gens qu’on taxe pour donner à d’autres qui ont déjà tout… » Il a décidé d’aller manifester à Paris samedi. Il rigole : « C’est la Révolution française ! »

Arrivés devant les portes de fer de la préfecture, après des invitations au dialogue restées sans réponse, les lycéens finiront par chanter… la Marseillaise. Et à ce moment-là, il ne fait guère de doute que dans leur esprit, il s’agit toujours d’un chant révolutionnaire…

Olivier Chartrain
 
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