Éditorial. Le mépris et la ficelle

Mercredi, 5 Décembre, 2018

L'éditorial de Patrick Apel-Muller. Le pouvoir recule, mais pied à pied, lâchant des miettes.

Le pouvoir recule, mais pied à pied, lâchant des miettes. Édouard Philippe a concédé la suspension pour six mois de la hausse de la taxe carbone sur les carburants et du renchérissement du contrôle technique, mais il n’y a pas renoncé. Au lendemain des élections européennes, il espère les rétablir. De surcroît, le gouvernement veut compenser ce manque à gagner par une réduction des dépenses publiques, c’est-à-dire des services qui manquent si cruellement et dont les gilets jaunes réclament le retour ou l’arrivée dans tous les territoires. Pire encore, Emmanuel Macron, que son impopularité rend discret, a décidé de faire la sourde oreille aux revendications d’amélioration des salaires et des pensions et de justice fiscale, mise à mal par la suppression de l’ISF. Le président refuse qu’on touche à la cagnotte du Cice – 40 milliards d’euros donnés en pure perte aux plus riches. Un gâchis et une manne pour ceux qui, pour beaucoup, incarnent l’exil fiscal.

La main, sitôt tendue, est retirée. Le mépris pour les salariés ou les retraités imprègne à ce point nos gouvernants qu’ils croient que l’énorme ficelle ne se voit pas et que la colère qui anime les barrages se dissoudra dans les consultations dilatoires qu’ils programment dans les mois à venir ! La justice sociale est devenue une urgence et notre peuple, en gilets jaunes ou lycéen, salarié ou chômeur, prend mieux conscience que sa force peut ébranler les Bastille politiques et les forteresses financières.

Après le pari perdu de la violence suscitant la peur, la tentative d’opposer écologie et égalité sociale, les stratèges du macronisme veulent diviser les gilets jaunes et entreprennent une série de manœuvres. L’une d’elles consiste à inventer des représentants, choisis dans les rangs de la droite et de l’extrême droite, préposés au dialogue complaisant ou aux sorties délirantes dans les médias. Tristes recours qui ne font illusion qu’auprès de commentateurs d’avance convaincus. La stratégie du pourrissement affecte d’abord la tête.

 
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