Blocage de la raffinerie Ineos de Lavera (Bouches-du-Rhône). Ian Hanning/REA
Blocage de la raffinerie Ineos de Lavera (Bouches-du-Rhône). Ian Hanning/REA

Grève. Les routiers aussi luttent pour leur pouvoir d’achat

Jeudi, 6 Décembre, 2018

À l’appel de la CGT et de FO, les salariés du transport routier lanceront, dimanche, une grève illimitée. Leurs revendications font écho à celles des gilets jaunes.

Dimanche, les chauffeurs routiers poseront les clés du camion. Un mouvement de grève illimité, à l’initiative des fédérations CGT et FO des transports, pour dénoncer les attaques contre le pouvoir d’achat des salariés de la branche. En cause, l’invalidation le 26 novembre par le Conseil d’État d’un décret arraché par la mobilisation des routiers en 2016 garantissant la rémunération de leurs heures supplémentaires à 25 %, puis 50 % alors que la loi El Khomri fixait un maximum de 10 %. « Pour les chauffeurs routiers, c’est 110 à 500 euros de perte tous les mois sur la fiche de paie », dénonce Fabrice Michaud, secrétaire général de la fédération CGT des transports. En déposant « en catimini » un recours devant le Conseil d’État, le patronat de la branche a mis le feu aux poudres. « Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que cette disposition va revenir à la faveur du débat sur la loi d’orientation des mobilités (LOM) », explique Patrice Clos, secrétaire général de la fédération FO des transports. Mais le syndicaliste n’y croit pas. « La LOM va nous renvoyer à la convention collective et le patronat ne réintroduira pas par magie dans celle-ci une disposition qu’il a fait annuler par le Conseil d’État. » Pour calmer la colère, Élisabeth Borne, qui affirme que « le taux des heures supplémentaires n’est pas remis en cause », s’engage tout de même à maintenir la validité du décret pour une période de neuf mois. Et après ? rétorquent les syndicats.

D’autant qu’à la rémunération des heures supplémentaires s’ajoute un autre motif de mécontentement, qui touche l’ensemble des salariés du transport routier et auxiliaire, ambulanciers, transporteurs de fonds, déménageurs et logisticiens compris. Il s’agit d’un accord conclu le 4 octobre afin de sécuriser les frais de routes et autres éléments de rémunération. Problème, ce texte « n’est toujours pas transposé dans le marbre de la loi et laisse donc libre cours à l’employeur de les moduler comme il l’entend », dénonce la CGT. La coupe est pleine et les salariés craquent. « Ce gouvernement ne se rend pas compte à quel point il y a de la colère chez les routiers », renchérit Patrice Clos « toutes ces décisions sont catastrophiques pour le pouvoir d’achat des salariés concernés. »

« Période de conflictualité » plus que « convergence des luttes »

Hasard du calendrier ou occasion d’un rapprochement des luttes, les revendications des routiers font indéniablement écho à celles des gilets jaunes. Et si FO transports a toujours soutenu le mouvement « car nous savons pertinemment que des syndicalistes s’inscrivent dans cette colère depuis le début », la CGT, elle, reste beaucoup plus prudente, préférant parler de « période de conflictualité » que de « convergence des luttes ». « Nous ne voulons pas faire d’amalgame, nous ne sommes pas sur la même logique que les gilets jaunes, et si certaines de leurs revendications sont recevables, d’autres, en revanche, ne sont pas du tout dans l’ADN de la CGT », note Fabrice Michaud. Pour le syndicaliste, « le mouvement de grève des routiers s’inscrit dans une lutte pour les salaires que nous menons depuis longtemps et se place dans la perspective de la journée interprofessionnelle de mobilisation du 14 décembre prochain ». Ce matin, Élisabeth Borne convie l’ensemble des organisations syndicales des transports au ministère « pour leur réexpliquer ». Voilà donc que l’exécutif ressort avec morgue l’argument de la pédagogie. La ministre des Transports l’assume : « Soit il y a un malentendu », soit les syndicats utilisent « un mauvais prétexte pour lancer un appel à la grève qui n’a aucune raison d’être ». Pas sûre que cela soit de nature à faire redescendre la pression.

Marion d’Allard
 
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