Le premier ministre, Giuseppe Conte (à gauche) et le ministre du Budget, Giovanni Tria, le 15 octobre à Rome. F. Monteforte/AFP
Le premier ministre, Giuseppe Conte (à gauche) et le ministre du Budget, Giovanni Tria, le 15 octobre à Rome. F. Monteforte/AFP

Italie. Rome prête à céder face à Bruxelles

Jeudi, 6 Décembre, 2018

Après un long de bras de fer, le gouvernement négocie un budget qui réponde aux attentes de la Commission européenne.

Volte-face. Le gouvernement italien va présenter, ce jeudi, un nouveau projet de budget 2019 à la Chambre des députés. Pour être sûr que la pilule passe, il devrait même demander la confiance de l’assemblée. Il faut dire que la nouvelle mouture du texte est bien en deçà de celle présentée en octobre, retoquée le 23 octobre par une Commission européenne qui menace Rome d’une lourde amende. À l’époque, l’exécutif, dirigé par une coalition entre les démagogues du Mouvement 5 étoiles (M5S) et les xénophobes de la Ligue, tablait sur un déficit de 2,4 % du produit intérieur brut (PIB), quand les institutions européennes visaient, elles, une cible de 0,8 %. La copie qui sera mise sur la table devrait avoir un objectif de 1,9 % à 2,2 % de déficit public.

Mardi soir, le ministre du Budget, Giovanni Tria, a annoncé face aux députés de la commission du Budget que le gouvernement ne reviendrait pas sur ses deux mesures phares, la réforme des retraites et le revenu de citoyenneté, pour lesquels 17 milliards d’euros ont été provisionnés. Toutefois, a-t-il concédé, ces deux réformes – qui doivent faire l’objet d’initiatives législatives l’an prochain – pourraient être lourdement amendées. Ces dernières semaines, il a en effet été proposé de repousser leur entrée en vigueur. Si elles ne prennent effet que deux mois dans l’année au lieu des neuf mois initialement prévus, le coût supporté sur le budget 2019 serait moindre. Il a aussi été envisagé de réduire le montant de l’allocation chômage que serait le revenu de citoyenneté. Elle devait être de 780 euros, elle pourrait n’avoisiner que 500 euros. L’exécutif va aussi jouer sur de grosses décotes pour les retraités partant avant 67 ans en pension. Dans un tel cadre, la seule mesure forte et certaine du budget 2019 restera la flat tax, un impôt à taux unique, qui entraînera une diminution de la fiscalité pour les plus riches. Le premier ministre, Giuseppe Conte, sera chargé de négocier avec Bruxelles une levée de la procédure de déficit excessif.

Si le gouvernement est obligé d’être sur le recul, ce n’est pas parce qu’il plie face aux demandes de la Commission. Il découvre la réalité crue : pendant qu’il jouait les gros bras face à Bruxelles, il n’avait aucune stratégie contre l’autre ennemi de l’Italie, les marchés financiers. Du fait d’une croissance en berne et du bras de fer avec Bruxelles, les taux d’intérêt sur la dette, qui pèse déjà 130 % du PIB, s’approchent dangereusement de 4 %.

Gaël De Santis
 
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