La chronique de francis combes et patricia latour. DNL… en charabia

Jeudi, 6 Décembre, 2018

Un de nos petits-enfants est rentré du collège en expliquant que son professeur de mathématiques avait fait cours en anglais… Interloqués, les parents se sont d’abord demandé s’il s’agissait d’une initiative incongrue de ce professeur. Renseignement pris, il mettait en œuvre une orientation de l’éducation nationale.

Il y a en effet une directive du 29 janvier 2010 qui « encourage l’élargissement de l’enseignement en langues étrangères aux DNL » (traduction : « disciplines non linguistiques »). Cela concernait au départ certaines filières spécialisées et avait un caractère expérimental… mais, depuis, des tentatives ont été faites pour élargir l’expérience à différentes classes d’âge et dans différents endroits. Le département de l’Essonne a ainsi été choisi comme terrain d’expérience.

Avez-vous remarqué la tendance à nous transformer tous en souris de laboratoire ? Il y a peu, une agence de Pôle emploi a eu la riche idée d’imiter l’émission The Voice ; les cobayes-candidats à l’embauche devant se présenter à des employeurs qui leur tournaient grossièrement le dos ! Les faits que nous rapportons ici se sont produits à Aubervilliers. Revenant du collège, notre petit-fils n’était pas sûr d’avoir tout compris. (Pour beaucoup de jeunes, les maths sont déjà en elles-mêmes une langue étrangère… Mais là, la difficulté était redoublée.) D’autant que, à en croire son témoignage, le prof de maths ne se distinguerait pas par la qualité de sa prononciation anglaise. Ce n’est pas parce qu’on maîtrise les équations du second degré qu’on peut enseigner l’anglais sans le transformer en charabia. Qui ne viendrait pas de l’arabe mais qualifiait le patois auvergnat. Car, contrairement au discours officiel qui parle de plurilinguisme, seul l’anglais est concerné. Il est probable qu’un professeur d’histoire ou de SVT (sciences et vie de la Terre) à qui il prendrait l’envie saugrenue de faire son cours en arabe, en russe ou en chinois se ferait assez vite « remonter les bretelles » par son inspecteur !

N’y a-t-il pas une forme de mépris dans ce genre d’expérience ? De mépris pour les professeurs spécialisés, dont on se demande à quoi ils peuvent bien servir. Et aussi de mépris pour la langue en question, changée en une sorte de volapük moderne, que tout le monde peut massacrer et qui sert finalement de nouveau moyen de sélection. Sans oublier le mépris pour le français, bien sûr.

Le comble est que la France est aussi connue pour son école de mathématiciens, dont beaucoup mettent un point d’honneur à s’exprimer en français, langue qui leur paraît tout à fait adaptée aux exigences de leur science.

 
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