La France se prend une découronnée

Lundi, 3 Décembre, 2018

La stratégie bas carbone présentée cette semaine prévoit de repousser de cinq ans les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre du pays.

Elle n’aura pas mis bien longtemps avant de manger sa couronne. Proclamée championne du climat en octobre dernier, lors du second One Planet Summit qu’elle coorganisait, la France a perdu de sa superbe cette semaine, à l’heure de révéler le deuxième volet de sa stratégie nationale bas carbone (SNBC)… laquelle s’avère plutôt contre-performante.

Atteindre la neutralité carbone

Mise en place dans le cadre de la loi de transition énergétique votée en 2015, la SNBC est un instrument de pilotage visant à orchestrer, secteur par secteur, les ambitions nationales en matière de réduction de gaz à effet de serre (GES). L’ensemble doit permettre d’atteindre la neutralité carbone (le moment où l’on n’émettra pas plus de CO2 que nous ne serons capables d’en absorber) à l’horizon 2050, objectif établi par le plan climat 2017. La SNBC trace ainsi des trajectoires de réduction d’émissions à suivre, année après année, pour les secteurs de l’énergie, du transport, de l’agriculture et du bâtiment, principaux responsables des émissions françaises.

Le premier volet de la SNBC s’achève en 2018 sur un constat peu reluisant. Aucun rapport gouvernemental n’en a dressé le bilan, mais des instituts scientifiques et des ONG s’y sont collés : tous s’accordent à dire que, en 2017, le niveau global des émissions françaises a augmenté de 3,2 %, quand il était prévu de le faire chuter de 3,5 %. L’un dans l’autre, il était supérieur de près de 7 % aux intentions affichées.

La deuxième SNBC, qui court jusqu’en 2023, ne se présente guère mieux. Sans tambour ni trompette, le gouvernement a fait savoir qu’il n’aurait pas les moyens de respecter le « budget carbone » prévu dans le bâtiment et les transports. Au final, les émissions globales de la France devraient, à cette date, dépasser de 6 % celles initialement prévues. Seule promesse, formulée par François de Rugy à l’heure où, justement, doit se négocier le renforcement des ambitions mondiales : faire mieux après.

« Autrement dit, la France arrive à la COP24 avec rien à proposer, si ce n’est une perspective de hausse de ses émissions », relève Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France. Le pays se pose ainsi dans la rangée des cancres. Ce qui explique peut-être qu’Emmanuel Macron ait décidé de sécher le rendez-vous onusien. M.-N. B

 
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