Edouard Philippe a défendu mordicus son action. Photo : François Guillot/AFP
Edouard Philippe a défendu mordicus son action. Photo : François Guillot/AFP

La Macronie se tresse des lauriers dans l’Hémicycle

Jeudi, 6 Décembre, 2018

Le gouvernement et la majorité ont fait plus que défendre les solutions proposées aux gilets jaunes. Hier, lors d’un débat parlementaire, ils ont aussi vanté l’ensemble de leur action politique depuis 2017.

Quel décalage ! Hier, avant même de prendre la parole, le premier ministre a été applaudi par la majorité LaREM de l’Assemblée. Qu’a donc fait Édouard Philippe pour mériter pareil accueil ? A-t-il répondu avec Emmanuel Macron aux attentes des gilets jaunes ? Non. Partout, les Français qui se mobilisent contre l’injustice fiscale, la difficulté à vivre dignement et la décrépitude de nos institutions ont dénoncé l’insuffisance des propositions de l’exécutif. Ils ont prévenu qu’un simple moratoire de six mois pour les taxes sur les carburants, associé à un grand débat national, ne suffira pas. C’est pourtant ce qui a été vanté hier, lors d’un débat suivi d’un vote à caractère symbolique.

Mieux, l’hôte de Matignon a défendu mordicus son action. « Je suis persuadé que le cap que nous avons fixé en 2017 était le bon. » À ses yeux, le pouvoir d’achat des Français est même en train d’augmenter. Ce sera aussi le cas du Smic dès janvier 2019, de façon « incontestable », jure-t-il, alors que son calcul se fonde sur une hausse de la prime d’activité… Tout va bien donc ? « Nous poursuivrons la transformation de notre pays, nous renforcerons l’État providence », affirme-t-il, quand tous les jours Macron et lui s’appliquent à faire l’inverse. Il invite même les gilets jaunes à ne pas manifester samedi à Paris, afin de ne pas « se retrouver piégés » par les casseurs. Quant à son moratoire, il ne vise ni à les « endormir » ni à les « tromper ». Difficile de le croire quand il assure aussi que « rien n’a été caché » durant la campagne de 2017 sur l’ISF et la flat tax. Cela devait se faire à « coût nul » pour l’État. Cela constitue au final une perte de 4 milliards d’euros par an.

« Voulez-vous compromettre le redressement du pays ? »

Gilles Le Gendre (LaREM) s’adresse ensuite aux gilets jaunes. « Nous comprenons votre colère (...) mais voulez-vous compromettre par le désordre, par la violence, le redressement du pays et son activité économique ? » Pariant que non, et tant pis si ce redressement, les gilets jaunes ne le voient pas à la fin du mois, il leur dit de saisir la « main tendue » par le gouvernement. Côté autocritique, il réussit à se faire une fleur : « Il ne suffit pas de transformer le pays pour les Français, ce que nous faisons plutôt bien, mais il faut aussi transformer le pays avec les Français. » Le voilà qui les invite à co-construire. Puis il cite Jaurès. Quand on parle de justice sociale, ça fait bien : « C’est à nous de fatiguer les doutes du peuple par la persévérance de notre dévouement. »

La suite, c’est une pluie de critiques. L’extrême injustice des mesures prises depuis 2017 et l’arrogance de l’exécutif sont vilipendées par Christian Jacob (LR) et Valérie Rabault (PS). L’abrogation des taxes sur les carburants et de la hausse de la CSG sur les retraites sont réclamées. « Le gilet jaune est devenu le nouveau bonnet phrygien », s’enflamme Jean-Luc Mélenchon (FI). « On ne peut pas être en même temps l’ami des riches et l’ami du genre humain », prévient-il, tout en assénant que l’écologie, elle, « est nécessairement populaire ». Fabien Roussel (PCF) porte la dernière estocade, demandant la hausse du Smic, des salaires, et la suppression de l’ISF. « Pour financer votre moratoire sur les taxes des carburants, vous annoncez une baisse de la dépense publique. C’est-à-dire encore moins de services publics ! C’est totalement inacceptable ! » fulmine-t-il enfin, proposant un moratoire sur les fermetures de services publics et promettant qu’une motion de censure est en préparation contre le gouvernement.

Aurélien Soucheyre
 
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