Les semences, tout part de là, tout y ramène

Jeudi, 6 Décembre, 2018

Les semences en questions, de la terre à l’assiette Catherine Flohic Les Ateliers d’Argol, 360 pages, 29,90 euros

Une mine. Qui pèse son poids. En volume. Et en idées. Catherine Flohic est à la fois auteur et éditrice, ce qui, explique-t-elle, offre la liberté du choix du sujet et de l’indépendance quant à son traitement. Et en effet, les Semences en questions est un ouvrage hors genre, mi-livre, mi-revue, épais (360 pages), fourmillant et militant d’un pessimisme joyeux, révolté par la concentration de l’alimentation entre les mains de quelques multinationales, mais aussi convaincu que les solutions existent pour engager une transition alimentaire respectueuse des humains et de l’environnement. Deuxième opus de la série Vivre(s) des éditions Les Ateliers d’Argol, le livre invite aux champs et à table une bonne quarantaine d’experts qui pratiquent, expliquent, inventent une agriculture propre et vivante, paysans, maraîchers, fermiers, chercheurs, cuisiniers, jardiniers, élus, scientifiques, ONG, plateformes de circuits courts, syndicalistes, vigneron, etc. Les entretiens sont longs. Ils prennent le temps d’entrer dans le sujet, donnent parfois l’impression de s’enliser dans un récit du quotidien, mais reviennent souvent à l’essentiel, du mal-être agricole aux lobbies de Bruxelles, en passant par l’érosion des sols, la permaculture, la biodiversité ou encore le goût. Enfant des « indignations » de l’auteur, ce livre ouvre la réflexion sur ce que serait un futur vivable qui, au final, « ramène à un seul sujet originel : les semences, la plus infime unité de vie ».

La graine, tout part de là. Logique alors de commencer par explorer les germinations dès après l’entretien introductif des scientifiques Lydia et Claude Bourguignon, mondialement connus pour avoir donné les clés de la microbiologie des sols et de l’agroécologie. La semence, un savoir-faire ancestral des paysans, est, depuis la ­révolution verte, majoritairement détenue par les leaders mondiaux de l’agrobusiness. Ils ont breveté le vivant, créé les hybrides, commercialisent des graines stériles et les OGM. Dans cette partie, Catherine Flohic a fait le choix du débat contradictoire. Elle donne la parole à des structures qui ont façonné le paysage du productivisme agricole, un représentant de l’interprofession des semenciers (Gnis) ou encore de Bayer, mais fait aussi une large place à ses opposants, Confédération paysanne et artisans semenciers.

Le livre regorge de récits de vie de celles et ceux qui inventent des pratiques de culture propre et essaimable, essaient de mettre sur pied un potager sans eau, pensent comment nourrir le plus grand nombre, inventent des circuits de distribution de proximité alternatifs aux supermarchés, militent pour l’accessibilité au bon goût, développent des pratiques culinaires connectées à tous ces enjeux. Et font parfois écosystèmes.

Au total, une cinquantaine d’intervenants refont le monde en brassant à pleins mots les transitions nécessaires face à un système de production alimentaire qui ne parvient plus à bien nourrir.

Paule Masson
 
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