Depuis la Cop 21 à Paris en décembre 2015, les choses n’ont cessé d’empirer, y compris en France où les émissions de GES  ont dépassé de 6,7% l’objectif retenu. Photo : AFP
Depuis la Cop 21 à Paris en décembre 2015, les choses n’ont cessé d’empirer, y compris en France où les émissions de GES ont dépassé de 6,7% l’objectif retenu. Photo : AFP

Les taxes à Macron ne servent pas la transition écologique

Lundi, 3 Décembre, 2018

En Pologne, la Cop 24 va examiner pendant une dizaine des jours les mesures que chaque pays va tenter de mettre en place pour freiner le réchauffement climatique. Ce nouveau somme sur le climat est sponsorisé par l‘industrie du charbon. En France, il est clair que le fléchage d’une petite partie des taxes prélevées sur les carburants n’aboutira pas réduire les émissions de CO2 tant que la circulation sur route restera aussi dense qu’aujourd’hui.

Pendant que l’actualité hexagonale est centrée sur les raisons du mécontentement populaire devenu explosif en raison de l’augmentation des taxes sur les carburants, la Cop 24 entame des travaux qui doivent durer une dizaine de jours à Katowice Pologne. Ils sont sponsorisés  par le groupe minier polonais JSW, comme l’explique Eric Serres ce matin en page 28 de l’Humanité. Ce n’est pas très rassurant concernant la conclusion finale des travaux de cette Cop 24 dans un pays où 80% de l’électricité est produite en faisant bruler du charbon. Mais des entreprises basées en France délocalisent depuis plusieurs années des unités de production en Pologne pour profiter des salaires trois fois plus bas que chez nous. Le dernier exemple, mais aussi le plus connu, concerne les sèche-linge de Whirlpool qui ont quitté Amiens pour la Pologne en 2018. La firme américaine en quête de profits accrus avait obtenu le consentement d’Emmanuel Macron. Entre les deux tours de l’élection présidentielle, en mai 2017, il était venu dire aux salariés de l’usine d’Amiens qu’il ne pouvait rien faire pour eux!

On risque d’aller vers 3 à 4°C de réchauffement d’ici 2100

L’objectif assigné à la Cop 24 est de mettre en place les mesures susceptibles de réduire sensiblement, et dans les toutes prochaines années, les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour ne pas dépasser de +2°C  les températures moyennes que nous avions sur terre au début du XIXème siècle, avant la consommation croissante d’énergies fossiles. Cette consommation étant massive de nos jours concernant le charbon, le pétrole et le gaz, on risque d’aller vers 3 à 4°C de réchauffement d’ici la fin du siècle en cours. Au regard des sécheresses, des incendies et des inondations dont nous avons été témoins cette année, il ya de quoi s’inquiéter. Mais il se dit que 50 chefs d’Etat seulement se rendront à Katowice alors que 167 pays étaient concernés par l’accord de la Cop 21 au moment de son adoption à Paris en décembre 2015. Depuis cette date, les choses n’ont cessé d’empirer, y compris en France où les émissions de GES  ont dépassé de 6,7% l’objectif retenu.

Dans  ce contexte, que valent les arguments du président de la République et de son gouvernement quand ils mettent en exergue, la nécessité, selon eux, d’accroître les taxes sur les carburants afin de réduire les émissions de CO2 des voitures, des camions et des chaudières au fioul. Pour analyser les choses de manière objective, il faut savoir que les taxes sur les produits énergétiques feront rentrer 37 milliards  d’euros dans les caisses de l’Etat en 2019 tandis que seulement 7 milliards seront affectés à la transition écologique, soit moins de 20% des sommes prélevées par les taxes.

Les effets pervers de la prime à la casse

Mais, sachant que le plus gros de cette somme servira à donner des « primes  à la casse » aux propriétaires de vieux véhicules afin de les aider à acheter une voiture neuve où une d’occasion plus récente que celle dont se séparera son propriétaire, on est en droit de se dire que cette politique de substitution ne réduira en rien les émissions de CO2 imputables à la circulation et cela pour au moins quatre raisons.

Premièrement, accélérer le remplacement des vieilles voitures par des neuves ou des plus récentes implique d’augmenter sensiblement le nombre de véhicules neufs vendus en France. Ce qui ne veut pas dire que cela se traduira par plus d’emplois dans les usines basées en France. En revanche le bilan carbone de ces nouvelles constructions depuis l’extraction des minerais jusqu’au montage des voitures, en passant par l’usinage des pièces, augmentera sensiblement le bilan carbone de la mise en marché de voitures censées êtres moins polluantes que les précédentes.

Deuxièmement, si les ménages qui en ont les moyens achètent des véhicules à essence plus puissants que le diesel qu’ils auront envoyé à la casse, leurs émissions de CO2 seront plus importantes qu’avant, même si les choses iront mieux concernant les émissions de particules fines imputables aux véhicules diesel. Cette montée en puissance s’observe depuis quelques années avec les prolifération des modèles désignés sous le sigle anglais SUV (sport Utility Vehicle) à quatre roues motrices avec une caisse surélevée, ce qui augmente la résistance à l’air sur la route et la consommation de carburant. Enfin, pour les ménages à faibles revenus, la prime à la casse ne sera jamais suffisante pour acheter un nouveau véhicule, neuf ou d’occasion.

Troisièmement, il faut savoir que depuis de longues années, trois à quatre millions de vieilles voitures retirées du marché en France et en Europe sont revendueschaque année en Afrique. Il en arrive jusqu’à 25.000 par jours au port de Cotonou au Bénin (1). Elles repartent ensuite par la route vers leur destination finale dans plusieurs pays africains, le pays le plus acheteur étant le Nigeria, gros producteur de pétrole. A cela s’ajoute le marché de pièces détachées issues d’une partie des voitures d’occasion retirées du marché en France et en Europe. Ainsi, plus de vielles voitures européennes recyclées en Afrique c’est plus de pollution globale et plus de réchauffement climatique au final.

La justification de la taxation accrue des carburants ne tient pas la route

Quatrièmement, n’oublions jamais que les transports sont responsables de 30% des émissions de CO2 en France. Le rail n’est impliqué qu’à hauteur de 2%  dans ce bilan pour le transport de 11% des voyageurs et des marchandises. Il est donc clair que le bilan carbone des transports ne diminuera pas tant qu’il y aura autant de voitures et de camions sur les routes. Ce qu’il nous faut, c’est à la fois plus de transport par le rail, par le fluvial et moins par la route. Mais les gouvernements qui se sont succédés depuis des décennies ont fait le contraire, comme le confirme encore la dernière réforme de la SNCF depuis l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée. Le pouvoir continue d’aggraver la situation en concentrant les activités dans les grandes métropoles régionales tandis que l’immense majorité des  habitants est obligée d’aller louer son appartement dans les lointaines banlieues ou construire sa maison dans les communes rurales, ce qui nécessite souvent d’avoir deux voitures pour aller au travail  dans un ménage composé de deux actifs.

Telles sont aujourd’hui les causes profondes du mouvement des gilets jaunes qui, au-delà de leur diversité, voient bien que les arguments du gouvernement sur la transition écologique comme  justification de la taxation sur les carburants ne tient pas la route.

 
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