Hier, parents et ami(e)s attendaient la fin de la garde à vue des lycéens inculpés, devant le commissariat d'Ivry-sur-Seine. L. Lallemand
Hier, parents et ami(e)s attendaient la fin de la garde à vue des lycéens inculpés, devant le commissariat d'Ivry-sur-Seine. L. Lallemand

Mobilisation lycéenne. Trente heures de garde à vue pour un tag « Macron démission »...

Jeudi, 6 Décembre, 2018

Six lycéens d’Ivry-sur-Seine ont passé une journée et demie au commissariat pour avoir écrit un simple graffiti sur un panneau devant leur établissement. Élèves, parents et élus dénoncent une répression judiciaire disproportionnée.

Comment peut-on en arriver là ? À Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, six lycéens ont été placés en garde à vue, pendant une bonne trentaine d’heures, pour avoir tagué sur un pauvre panneau en plastique, à l’extérieur de leur établissement, « Macron démission », à la peinture bleue. L’affaire est grave : aucun autre grief n’est retenu contre ces adolescents de 16-17 ans, élèves de première du lycée Romain-Rolland. Mais la procureure de la République a demandé une prolongation de garde à vue de vingt-quatre heures contre ces affreux délinquants. Forcément, l’émotion est très forte dans le lycée, autant chez les élèves que chez les professeurs, qui ont déposé un préavis de grève pour aujourd’hui, en guise de protestations. Les élus de la ville, le maire (PCF) Philippe Bouyssou et le sénateur communiste Pascal Savoldelli sont intervenus, de façon très ferme, auprès des autorités.

L’affaire a commencé dans la nuit de lundi à mardi. Il était très tard, quand un policier municipal a avisé ces adolescents, taguant « Macron démission » sur ce fameux panneau. L’homme a immédiatement prévenu la police, raconte l’avocat des six gamins, Jean-Toussaint Giacomo. La brigade anti-criminalité a débarqué et neutralisé les six jeunes. Pris en flagrant délit, ils ont été mis en garde à vue. Vingt-quatre heures. La punition est déjà un brin disproportionnée. Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La proviseure du lycée porte plainte contre ses six élèves, pour « dégradation de biens ». Elle obéit à un ordre de sa hiérarchie, se défend-elle auprès des parents d’élèves et des professeurs, choqués.

Mardi soir, un rassemblement, devant le commissariat, a réuni élèves, parents et élus politiques et syndicaux. Pascal Savoldelli a joué de son droit de visite dans les lieux de détention pour rencontrer les six mômes. Il s’est assuré des conditions de leur garde à vue. Quatre étaient enfermés dans une cellule, deux dans une autre, à l’écart des personnes arrêtées pour des motifs plus graves. Il a demandé une seconde visite médicale, et fait nettoyer une cellule où traînaient les vestiges du repas de la veille. Il s’est trouvé face à des ados, « tétanisés devant l’ampleur de la sanction et leur isolement ». Et il tempête : « La disproportion de la sanction est énorme pour un acte comme celui-là. Après la crimi-nalisation des syndicalistes, on veut faire comprendre à toute une génération que leurs aspirations ne méritent que la répression ? »

Sophie Lahorte, coprésidente de la FCPE à Romain-Rolland, ne décolère pas : « On met des enfants en tôle pour des slogans que nous pourrions tous crier dans la rue », s’étonne-t-elle. Elle a tenté, avec d’autres parents et des professeurs, de raisonner la proviseure pour qu’elle retire au moins sa plainte. « Il suffirait d’une éponge et d’un peu de détergent pour régler le problème, quand même », s’agace la représentante des parents d’élèves.

« C’est d’une extrême violence pour ces adolescents »

Hier matin, toute la communauté lycéenne s’est réunie devant l’établissement. « Avec calme, et détermination », raconte Sophie Lahorte. Las. Histoire d’attiser un peu plus la tension, la proviseure a fait appel aux équipes mobiles de sécurité du rectorat. « Pour donner de l’argent aux lycées, les caisses sont vides, mais pour embaucher des gros bras, il y a de l’argent ! » remarque-t-elle, assez remontée. La manifestation est « joyeuse », « bon enfant », et « calme ». Et s’est poursuivie devant le commissariat, en soutien aux adolescents et à leurs familles. Familles bouleversées, du reste. Quant aux professeurs, ils s’inquiètent. L’un d’eux, joint par téléphone, se demande « comment ces enfants vont revenir dans l’établissement. Nous allons devoir leur expliquer que tout ce qui vient de se passer est démesuré. C’est d’une extrême violence pour ces adolescents ».

Le parquet agit comme quelqu’un « qui tue une mouche avec un bazooka », s’agace l’avocat des six jeunes. Il évoque « une volonté politique de taper sur les lycéens et de les immobiliser ». C’est une « intimidation », et un « acte irresponsable », que de criminaliser ainsi ces enfants, clame, de son côté, Pascal Savoldelli. La présidente de la FCPE départementale, Nageate Belahcen, se demande, de son côté, si cet acharnement pour un tag n’est pas à relier aux annonces gouvernementales du mois dernier, sur le renforcement de la sécurité aux abords des établissements scolaires, et dont les ministères de la Justice et de l’Intérieur doivent présenter les grandes lignes à la mi-décembre. Hier, en fin d’après-midi, les lycéens avaient été libérés.

Caroline Constant
Les universités commencent à se mêler du mouvement

Deux sites d'universités parisiennes, Paris-III Censier et Paris-I Tolbiac, ont rejoint depuis mardi le mouvement de contestation. Les étudiants mobilisés dénoncent l'augmentation vertigineuse des frais dinscription que le gouvernement veut imposer aux étrangers extracommunautaires (à partir de la rentrée 2019, ils devront s’acquitter de 2 770 euros en licence et 3 770 euros en master et doctorat, contre respectivement 170, 243 et 380 euros actuellement). À Tolbiac, une assemblée générale a voté hier la poursuite du blocage du site au moins jusqu'à vendredi. À Censier, dont les cours ont été annulés mardi, un blocus a également été décidé. De son côté, l’Unef, deuxième syndicat étudiant, appelle à une journée de mobilisation, jeudi 13 décembre, contre cette hausse des frais d’inscription.

 
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