Dans le cadre de la Cop 24 à Katowice, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU,  a déclaré : « le changement climatique avance plus vite que nous et nous devons rattraper notre retard le plus vite possible, avant qu’il ne soit trop tard. Pour beaucoup de gens, de régions et même de pays, c’est déjà une question de vie ou de mort. » Photo : AFP
Dans le cadre de la Cop 24 à Katowice, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déclaré : « le changement climatique avance plus vite que nous et nous devons rattraper notre retard le plus vite possible, avant qu’il ne soit trop tard. Pour beaucoup de gens, de régions et même de pays, c’est déjà une question de vie ou de mort. » Photo : AFP

Mondialiser la transition écologique pour contenir le réchauffement climatique

Mardi, 4 Décembre, 2018

L’actualité française reste focalisée, à juste titre, sur le combat des gilets jaunes contre les taxes et plus généralement contre le recul du pouvoir d’achat. Voilà qui ne laisse pas beaucoup de place aux enjeux climatiques dont il est question à Katowice depuis dimanche. Pourtant, ces enjeux sont importants. Car, au train où vont les choses, les enfants qui naissent en ce XXIème siècle seront, d’ici l’an 2100, probablement témoins et victimes d’un réchauffement de +3 à +4°C par rapport aux températures moyennes du XIXème siècle. 

Dans le Figaro du 1er décembre, le ministre Polonais Michal Kurtyka, qui préside la Cop 24, résumait les enjeux de ce sommet en deux phrases : « Il faut à la fois diminuer les émissions de gaz à effet de serre, aider les pays à s’adapter aux dérèglements climatiques et débloquer les moyens pour cette politique. Nous espérons donc créer un paquet de règles ambitieuses, opérationnelles et équilibrées entre ces trois objectifs ».

Il faut toujours se souvenir qu’il s’agit, dans le cadre de cette Cop 24, de commencer à décider de mettre en pratique les mesures devant permettre de tendre à une diminution considérable des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 alors qu’elles sont en hausse trois ans après la Cop 21, y compris en France, comme dans beaucoup d’autres pays développés.

Intervenant hier dans le cadre de la Cop 24 à Katowice, Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déclaré : « le changement climatique avance plus vite que nous et nous devons rattraper notre retard le plus vite possible, avant qu’il ne soit trop tard. Pour beaucoup de gens, de régions et même de pays, c’est déjà une question de vie ou de mort. Il est difficile de comprendre pourquoi nous, collectivement, avançons toujours si lentement, et même dans la mauvaise direction». Le secrétaire général de l’ONU a ajouté que les nations développées avaient « la responsabilité collective d’aider les communautés et les pays vulnérables, comme les Etats insulaires et les pays les moins avancés, en soutenant les politiques d’adaptation et de résistance».

Les effets pervers de la taxe carbone en Europe

Rappelons à ce propos que dans le cadre de la préparation de la Cop 21 qui s’est tenue à Paris voilà trois ans, il était déjà question d’obtenir de ces pays développés qu’ils fournissent 100 milliards de dollars par an aux pays les plus impacts par le réchauffement. Mais on est toujours loin du compte dans ce domaine. Rappelons aussi que toutes les taxes carbones mises en place ces dernières années dans tel ou tel pays n’ont pas empêché la situation d’empirer sous toutes les latitudes. En Europe, une taxe carbone existe depuis 2008 pour inciter les entreprises polluantes à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais, comme cette taxe n’est pas mondiale, il suffit de délocaliser des productions dans des pays à bas coûts de main d’œuvre non concernés par la taxe leur transférer une partie des pollutions de l'Europe, tout en ayant des tonnes de carbones à vendre. Au final, quand on comptabilise le bilan carbone d’une délocalisation en intégrant la construction de nouvelles usines dans les pays à bas coûts de main d’œuvre, pendant que l’on en ferme d’autres en Europe, bien qu’en état de produire, ce marché du carbone augmente les émissions de GES au lieu de les réduire. Pourtant, même un homme comme Jean Tirole, prix Nobel d’économie en 2014, semble incapable de comprendre cela quand il milite pour un prix élevé du carbone. Il devrait aller expliquer cela sur les barrages aux gilets jaunes qui gagnent le SMIC et mettent parfois plus de 10% de leur salaire mensuel dans le réservoir de la voiture pour pouvoir se rendre au travail.

Fournir les 100 milliards d’aide annuelle aux pays pauvres

Cela étant, il est possible qu’une taxe carbone mondialisée et bien calibrée, assise sur la consommation des principales énergies fossiles, puisse fonctionner de manière vertueuse contre l’accélération du réchauffement en cours. Puisque le secrétaire général de l’ONU nous alerte sans faire de proposition, en voici une qui pourrait fonctionner sous le contrôle de l’ONU. Au lieu de regarder chaque pays bricoler, ou pas, dans son coin la mise en place de telle ou telle taxe, l’ONU pourrait parrainer et faire contrôler par une structure nouvelle la  taxation des principales énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz exportés. On connait les quantités exportées chaque année. On sait donc à partir de là ce que les taxes pourraient rapporter.

A supposer que le prélèvement de 40% du produit de ces taxes puisse suffire à donner chaque année les 100 milliards de dollars, voire plus, indispensable aux pays faiblement développés faire croître leur économie en conservant un faible bilan carbone, le calibrage des fonds nécessaires pour réponse à ce besoin permettrait de fixer le prix de la taxe sur chaque tonne de charbon exportée, sur chaque baril de pétrole, sur chaque mètre cube de gaz. Pour que le système soit gagnant pour tous les partenaires, 10% de cette même taxe reviendrait au pays exportateur à une condition : qu’ils mettre aussi la même somme de côté sur le prix encaissé. Les ressources ainsi dégagées seraient égales à 20% de la taxe sur le charbon, le pétrole, ou du gaz exportés. Elles seraient obligatoirement utilisées pour décarboner progressivement l’économie des pays exportateurs, ce qu’ils n’ont pas fait jusqu’à présent. Il suffit de voir la situation actuelle de l’Algérie, du Venezuela et de beaucoup d’autres pays pour s’en rendre compte.

Une ristourne égale à 50% de la taxe reversée aux pays importateurs

Enfin, pauvre ou riche, chaque pays importateur de pétrole, de gaz et de charbon recevrait, sous forme de ristourne, 50% de la taxe qu’il aurait déjà payée au moment d’acheter l’une ou l’autre de ces énergies fossiles. Cet argent ne pourrait pas être utilisé pour alimenter le budget de l’Etat comme c’est le cas actuellement en France pour plus de 80% des taxes que nous payons sur les carburants. Cette cagnotte pourrait contribuer à financer le développement des transports en commun, l’isolation des bâtiments afin de réduire la consommation d’énergie, l’économie circulaire, l’agriculture de proximité et les circuits courts.

Conçue de cette manière, une taxe carbone devrait être soumise dans chaque pays à un contrôle d’experts de manière permanente afin d’éviter la mise en place de fausses solutions aux effets pervers. A partir d’un tel contrôle, les initiatives les plus vertueuses ne manqueraient pas de servir d’exemple. Dans un pays comme la France, cela implique aussi de réduire parallèlement une bonne partie des taxes  actuellement payée sur les carburants dès lors que cet argent sert surtout à alimenter le budget de l’Etat sans être utilisé pour financer la transition écologique. Ce qui nous ramène encore à l’action des gilets jaunes.

 
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